Après avoir voulu améliorer ses conditions économiques (en commençant par la Révolution Industrielle du XIXe siècle), puis sociales (égalité homme-femme, congé payé, conditions de travail, système de santé), l’Homme s’est intéressée à son Environnement. Le Développement Durable est dans toutes les paroles, mais pas encore au cœur de chaque acte.
La crise actuelle est peut-être l’occasion d’appliquer ses pratiques, à un niveau global et mondial. Bien sûr, ce ne devrait pas être facile, de nombreux obstacles seront à franchir à tous les niveaux pour tenter de constituer de nouveaux systèmes plus adaptés.
L’argent ne fait pas le bonheur, mais y contribue. Et c’est principalement sur ce critère (l’économie) que sera décidée la sortie de la crise. Voici donc quelques pistes, interventions, reprises et idées de relance en accord avec les Principes du Développement Durable.
* En janvier 2009, une étude menée par le WWF a évalué un avenir économique possible pour l’Europe, en tenant compte des destructions, mutations et créations d’emploi générer par une volonté politique de réduction des effets de serre : « Loin de menacer l’emploi, une politique climatique ambitieuse est un formidable levier pour permettre la création massive d’emplois en France et en Europe. Un argument supplémentaire pour que la France et ses partenaires européens s’engagent à réduire leurs propres émissions de gaz à effet de serre de 30% d’ici à 2020 », soit - 30% de CO2 = + 684 000 emplois, l’équation gagnante pour la France ! (scénario développé par l’association négaWatt, en tablant sur un baril à $100)
* L’Homme sollicite trop les ressources de la planète qui n’a pas le temps de se renouveler, niveau dépassé en 1987 (énergies fossiles, minerais). Résultat : elle s’appauvrit. Même si nous modifions complètement nos habitudes de consommation, il n’est pas dit que cela suffise. Certains économistes, historiens, philosophes s’attendent à une « décroissance », à la fin de nos sociétés industrielles telles que nous les connaissons. « Prosperity Without Growth ? » est un ouvrage (disponible gratuitement en ligne) publié par la Commission du Développement Durable, une agence gouvernementale du Royaume-Uni. Des études ont démontré qu’une fois atteint un certain niveau de revenu, le sentiment de bien-être n’augmente plus avec l’accroissement de revenus. Pourquoi ne pas renoncer au « toujours plus » du consumérisme narcissique ? Bien entendu, cela constituerait une révolution économique, sociale et culturelle. Peter Victor, en faisant varier différents facteurs macro-économiques sur le modèle économique du Canada, a ainsi trouvé une matrice viable : croissance réduite, stabilité économique, réduction du chômage, du taux de pauvreté, du ratio de la dette et du nombre d’heures travaillées, taux d’épargne et d’investissement public élevé, privé plus faible. Toutefois, ce système implique un réel changement culturel et social qui accompagnerait les décisions économiques, pour une société plus portée sur l’humain que le matérialisme (d’après Peter Victor et Charles Siegel). Il faut garder en tête que la décroissance, si elle doit avoir lieu, ne sera pas une mode de crise, mais un choix politique et de société (Jean-Luc Pasquinet, un des coordinateurs du Mouvement des objecteurs de croissance, Jean-Claude Besson-Girard, un fondateur de la revue Entropia, Vincent Liegey, du collectif parisien du Parti pour la décroissance)
* Dit autrement, en l’occurrence, par Hervé Kempf et Gus Speth, “Pour sauver la planète, il faut sortir du capitalisme, en reconstruisant une société où l’économie n’est pas reine mais outil, où la coopération l’emporte sur la compétition, où le bien commun prévaut sur le profit.” Il est vrai que pour le moment, on observe un tout autre système : « Le but essentiel de la richesse n’est pas de répondre à un besoin matériel, mais d’assurer une ‘distinction provocante’, autrement dit d’exhiber les signes d’un statut supérieur à celui de ses congénères. (…) Cela nourrit une consommation ostentatoire et un gaspillage généralisé ». Kempf déniche les dérives individualistes du capitalisme là où on n’aurait pas forcément pensé à les y voir, ni surtout à les lier aux dégâts écologiques: dans le délitement des liens familiaux, la pornographie, le trafic d’êtres humains, le remplacement du politique et de l’action collective par la psychologie à toutes les sauces…
« Tous les guides expliquant comment vivre en ‘vert’ se situent du point de vue de l’individu, jamais du collectif. (…) ‘Je réutilise mes objets’, ‘je refuse les traitements chimiques’, ‘je démarre en douceur’, etc…Etre consom’acteur, chez Nature et Découvertes, invite à ‘consommer engagé’, puisque ‘consommer = voter’, et range les actions entre ‘ma cuisine’, ‘mon garage’, ‘mon atelier’… EDF, dans son guide ‘E = moins de CO2’, range l’univers entre ‘ma planète’ et ‘ma maison’. (…) Dans le paradis capitaliste, il suffit que nous fassions ‘les bons gestes pour la planète’, et ‘les politiques et les industriels suivront’. Kempf et Speth sont en accord sur ce point: seule l’action collective, massive, stratégiquement concertée, a des chances d’inverser la tendance. ‘Bâtissez un mouvement collectif’, et ‘confrontez la consommation avec une nouvelle éthique d’autosuffisance’. » (“The Bridge at The Edge of the World” de James Gustave Speth, “Pour sauver la planète, sortez du capitalisme” Kempf.)
*Dans le même esprit, le cabinet McKinsey and Co a sorti un rapport, “Pathways to a Low Carbon Economy”, qui liste 200 mesures à mettre en œuvre maintenant dans le cadre des plans de relance, pour limiter le réchauffement climatique à 2° d’ici 2030, au sein de 10 secteurs économiques et 21 régions du monde, du remplacement des lampes à l’isolation des logements, du changement des modes de culture jusqu’au stockage du carbone. Au total, la mise en œuvre des politiques est estimée entre 200 et 350 milliards d’euros par an à l’horizon 2030, soit 0,4 % du PIB mondial, dans l’hypothèse où le baril de pétrole ne dépasse pas 60$. « Mais si le pétrole est deux fois plus cher, une hypothèse loin d’être absurde, alors ce coût devient un gain de l’ordre de 450 milliards ! », commente Damien Demailly, chargé du programme Energie Climat au WWF-France. Mais le plus surprenant, c’est qu’un tiers de ces mesures a un coût négatif car les économies d’énergie réalisées sont supérieures aux investissements initiaux.
La deuxième originalité de cette étude, soutenue par des ONG et des entreprises, est de faire émerger le potentiel des mesures agricoles (restauration des zones humides, planter sans labourer, lutte contre la déforestation, replanter de nouvelles forêts) qui pèsent environ un tiers de l’ensemble, avec la mise en place de l’efficacité énergétique et la fourniture d’énergie non carbonée. Mais, pour cela, il faut changer les pratiques de travail de centaines de millions de paysans, notamment dans les pays en développement, ce qui suppose de mettre en place de nouvelles politiques de rémunération de leur travail.
*En avril 2009, une enquête Médiascopie, publiée par Les Echos, a montré que les Français voient le développement durable comme principale solution face à la crise, au point que le capitalisme était associé à la décroissance ! Produits biologiques, achats responsables, consommer autrement, préservation de l’eau, réduction des emballages, tri des déchets… les intentions tout du moins optent pour la lutte contre le changement climatique et une meilleure place pour l’humain.
Parmi les dernières nouvelles, la Contribution Climat-Energie, déjà en œuvre en Suède et au Danemark, pourrait débarquer en France à partir de 2010. Tous les produits à l’origine d’émissions de CO2 seront taxées, à un taux ayant vocation à augmenter progressivement. Le but de cette fiscalité carbone est une migration vers une consommation moins destructrice pour le climat (transport, logement, agriculture, textile, électronique…). Cette CCE sera compensée par un allègement des charges sociales et d’autres impôts, et devrait entraîner un gain de croissance de 0,2 à 0,6% du PIB (Source : Le Monde, 2 juillet 2009).
Bien sûr, ceci n’est qu’un aperçu des multiples discussions à ce sujet. Les avis sont nombreux, la question complexe. Les prochains mois et années nous éclaireront sur le chemin pris… En attendant, agissez selon vos opinions.
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