Professeur des Ecoles à Paris, Magali, 27 ans, nous raconte ses expériences à l’étranger : des enfants de Cuzco aux sœurs de Mahajanga, elle nous parle de ses actions, de ses liens créés avec les populations, mais aussi de sa vision de l’engagement humanitaire. Après deux missions réparties sur un an, l’une à Madagascar, l’autre au Pérou, où elle a pu utiliser ses compétences professionnelles, elle apporte un regard personnel sur l’humanitaire et la manière de s’y engager.
Qu’est ce qui t’a poussée à t’engager ainsi ?
Le besoin de se sentir utile et solidaire envers ces populations défavorisées, et surtout d’apporter ma petite contribution pour les aider ; mais aussi l’envie de vivre une expérience qui sorte de l’ordinaire permettant de rencontrer des populations complètement différentes. C’est une démarche en partie égoïste, mais cet aspect est complètement assumé. Ces expériences m’apportent certainement plus que je ne donne.
D’ailleurs, en règle générale, je ne crois pas aux démarches purement désintéressées ; tout le monde peut y trouver quelque chose d’enrichissant, ce n’est jamais un pur sacrifice de temps ou d’argent. De plus, on a sans doute plus de volonté pour faire quelque chose dont on sait qu’elle sera, d’une façon ou d’une autre, profitable.
J’ai eu de la chance d’arriver dans une famille sans problème matériel et un pays développé assurant un niveau de vie plus que correct pour une grande majorité de sa population. Cette chance ne doit pas empêcher d’ouvrir les yeux et d’aider ceux qui ont eu moins de chance et qui sont dans la survie, mais de là à se sentir coupable…
Comment conçois-tu l’engagement humanitaire pour les « particuliers » en dehors des ONG ?
Il existe plusieurs façons d’aider et de s’engager. Une simple aide financière, qui ne demande pas d’engagement de sa personne, peut déjà apporter beaucoup aux ONG, associations et aux personnes à qui elles viennent en aide.
C’est vrai que pour ma part, je préfère y mettre directement de ma personne ; et j’ai l’opportunité et la volonté de pouvoir prendre le temps nécessaire pour le faire, ce n’est évidemment pas le cas de tout le monde.
Je pense qu’il ne faut pas oublier que l’engagement apporte également beaucoup. C’est sans doute rarement une démarche totalement désintéressée, et je pense qu’il est même bon d’y rechercher, et d’y trouver, une satisfaction personnelle pour trouver les forces nécessaires dans des engagements pas toujours évidents.
Pour ma part, je me demande encore si, en faisant le bilan de chaque expérience, ce n’est au final pas moi qui suis redevable.
Qu’est-ce que tu attendais de ces missions, pour toi personnellement ?
J’attendais de vivre une belle expérience à la découverte d’une autre culture tout en leur apportant autant que je pouvais. J’ai toujours pensé que pour apprendre à connaître les gens, le meilleur moyen était de vivre avec eux. Si on peut en plus les aider, les liens seront plus faciles à créer et plus forts.
Il ne faut pas forcément chercher de grands idéaux à atteindre, mais une simple curiosité sur le monde et ses habitants me semble indispensable et toujours enrichissant.
Et à Paris, est-ce que tu essaies de maintenir ce niveau d’engagement ? Si oui, comment se concrétise-t-il ?
Avec le parrainage et les envois de colis régulier. J’essaie aussi de sensibiliser mon entourage aux besoins d’aide, qu’elle soit financière ou humaine.
Une question un peu difficile : l’engagement humanitaire est souvent associé à de l’aide envers les pays défavorisés. Pourquoi faire le choix de s’engager pour les populations de ces pays et pas en France où certaines parties de la population ont sans doute besoin d’aide également ?
C’est sûr qu’en France beaucoup de gens ont besoin d’aide également. Mais la plus grande majorité n’est pas dans une situation de survie contrairement à ces pays défavorisés. Il ne faut sans doute pas confondre extrême pauvreté et précarité.
Mais loin de moi bien sûr l’idée qu’il n’y aurait rien à faire ici, bien au contraire…
Le fait d’aller à l’étranger est aussi le moyen de découvrir un autre pays, une autre culture. C’est d’autant plus important pour des jeunes qui s’engagent et qui ont besoin de s’ouvrir sur le monde.
Quels sont tes rêves pour que les choses puissent changer plus vite ?
Je ne sais pas ce qu’il faut pour que les choses changent vraiment. Je sais simplement que je peux aider certaines personnes en consacrant un peu de mon temps et éventuellement de mon argent.
Quels conseils donnerais-tu à ceux qui souhaitent s’investir ? Et quels conseils donnerais-tu à ceux qui n’ont pas ce désir ?
Foncer !
Pour ceux qui n’ont pas ce désir, je pense bien sûr qu’ils loupent une grande expérience mais ça reste une démarche qui doit venir de soi. Il est possible de les sensibiliser à certaines causes mais certainement pas de les forcer à faire quoi que ce soit. Je ne peux que leur conseiller d’être curieux sur le monde et de chercher à savoir, le reste viendra sans doute tout seul.
Découvrir, comprendre, approfondir...
Déposer un autre regard sur la réalité du monde
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