A la (re)découverte du micro-crédit
Evidemment tout le monde a entendu parler du micro crédit ou de son inventeur Muhammad Yunus qui a reçu le Prix Nobel de la Paix 2006. Mais qu’en savons-nous réellement ? Certes l’idée et le fonctionnement sont très simples ; pourtant les apports sont nombreux (et généralement bénéfiques au niveau local), si tant est que les différents acteurs sont conscients des dérives possibles et que le but reste bien social et non lucratif.
Muhammad Yunus a démarré son activité de micro financement il y a plus de trente ans au Bangladesh et gère maintenant des milliards en prêtant des sommes qui nous paraissent ridicules et qui pourtant sont bien souvent suffisantes pour assurer le développement et la pérennisation d’une micro activité : artisanat de chaises de bambou, élevage de quelques têtes de bétail, confection de tissus…Des activités traditionnelles et locales qui souvent sont devenues hors de portée des populations pour différentes raisons : prix des « matières premières » trop élevés et aucun financement disponible car les populations sont considérées comme non solvables par les organismes de crédit.
Le fonctionnement en est assez simple, les institutions de micro financement s’adressent directement aux populations dans le besoin, leur prête ces petites sommes à court terme, quelques mois, à des taux plus élevés que ceux pratiqués par les banques. Les cycles de production et de vente de ces activités sont assez courts et les sommes en jeu restent modestes, ce qui permet un remboursement rapide et donc moins d’intérêts à payer malgré les taux élevés.
L’Asie est le berceau de ce mode de financement et en reste le principal acteur. En effet, plus de 80% des micro crédits sont effectués en Asie et dans le Pacifique pour une population estimée à plus de 500 millions, le reste étant en Afrique, en Amérique Latine et un peu dans les pays développés.
Il n’est pas difficile de se rendre compte des bénéfices pour les collectivités locales. Bien sûr le premier apport est économique : avec cette aide, des activités traditionnelles, un mode de fonctionnement qui paraissait inadéquat au système capitaliste peuvent s’adapter à leur échelle. Et ces activités ne font pas que survivre, ce qui est souvent le cas avec des subventions distribuées sans contrepartie, elles se développent ! Cet essor économique participera alors au développement humain de la région. Par ailleurs, on ne s’imagine souvent pas que les bénéficiaires sont principalement féminins ! En effet, les activités artisanales en question sont souvent l’affaire des femmes. De la sorte, l’image des femmes s’améliore, elles sont revalorisées et peuvent gagner le respect des hommes. Ceci, si ce phénomène se confirme, serait une superbe avancée vers une parité homme femme.
De plus, les réseaux de distribution des micro crédits sur lesquels s’appuient les institutions de micro financement sont souvent les communautés traditionnelles, existant déjà depuis de très nombreuses années comme les tontines en Afrique. Ainsi, les modes de fonctionnement traditionnels sont privilégiés et renforcés ; les collectivités locales ne s’en développent que plus rapidement et sainement par rapport à un modèle qui leur serait imposé ou bien qui serait radicalement différent de leur culture.
Le succès rencontré est phénoménal ! Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder les chiffres : plus de 600 millions de personnes en bénéficient aujourd’hui dans le monde. Le succès est tel que le micro crédit ne se limite plus aux seuls pays en développement et se répand également dans les pays dont les économies sont développées, basées sur la dette et dont les organismes de crédit sont bien établis. Je vous invite à aller voir l’association Adie en France pour en avoir une idée. De nombreuses initiatives sont entreprises par les ONG, principalement pour assurer un transfert de richesses de nos pays pour prêter de manière individuelle de l’argent aux populations demandeuses de ce type de crédits. Vous pouvez visiter les sites des associations Kiva ou encore Babyloan et financer directement des projets concrets.
Malheureusement les dérives possibles sont bien présentes comme l’a démontré le cas Compartamos au Mexique. L’ONG des années 90 s’est d’abord développée en société commerciale, puis en banque et est maintenant cotée en bourse à Mexico et New York ! Ses dirigeants se sont beaucoup enrichis suite à ces opérations. Les crédits autorisés étaient faits à des taux très élevés, pouvant parfois atteindre 100%, à des populations n’ayant aucune autre source de financement. Peut-être aujourd’hui souffrent-ils de la crise ?...
Le danger est que le caractère nouveau de cette activité de micro financement pour des sommes totales généralement marginales dans l’économie d’un pays fait que les régulations n’existent pas et qu’il est donc aisé d’y faire des profits aux dépens de gens dans le besoin.
En tout cas, il est clair que si l’idée originale est belle, elle peut, comme toujours, être détournée. C’est certainement là que réside le plus grand défi du micro crédit : faire d’un système purement économique un moyen pour tous de s’engager dans le domaine du social, en ayant comme unique objectif le caractère solidaire de l’opération.